Dans un contexte où il est déploré, ailleurs, les pressions humaines sur les ressources naturelles notamment halieutiques, végétales ou animales, l’intérêt pour la conservation de la biodiversité au niveau de l’Aire communautaire de Vodountô se justifie à plus d’un titre. En effet, la portion sacrée de la lagune côtière localisée à Ahloboé dans le village de Hiyo, arrondissement d’Avlékété dans la commune de Ouidah, est protégée par une divinité ancestrale. À une vingtaine de kilomètres de la plage de Fidjrossè-Cotonou, longeant la route des pêches vers Ouidah, se situe un plan d’eau sacrée de la lagune côtière : le vodountô. On y trouve principalement des poissons et de la mangrove. Ce cours d’eau est un lieu sacralisé par les habitants de l’arrondissement de Avlékété dans la Commune de Ouidah. La divinité qui habite ce cours d’eau s’appelle Avlékété d’où le nom du village qui l’abrite. Chaque année, les dignitaires du culte vodoun du village adressent des prières et font des libations en sa faveur.
Cours d’eau Sacrée-VODOUN Tô
I. IDENTIFICATION DE L'ELEMENT
I. 1. Nom (tel qu'utilisé par les communautés)
I.2. Domaine(s) de classification, selon l’UNESCO
I.3. Communauté(s), groupe(s) et individu(s) liés à la pratique
La plupart des habitants de l’arrondissement de Avlékété sont liés au cours d’eau sacré Vodoun Tô. La plupart des familles sont :
– VODOUNON
– YEBE
– ADOGBAZIN
– HOUNGBADOZE
– KITE
– KPANGON
– HOUNZANHEDO
– MINHOUN
– KINDOHO
– HOUNDJE
– YEHOUENOU
I.4. Localisation physique
- Lieu(x) de la pratique au Bénin
Ouidah, arrondissement de Avlékété
- Pratique similaire au Bénin et/ou à l’étranger
– Fontaine Champlape
– Fontaine de dévotion qui a été l’objet d’un culte important pendant plusieurs siècles. On disait qu’elle pouvait soigner la lèpre en récitant des prières ou en trempant le linge des malades. Cette fontaine a la forme d’un puits avec une porte en bois. A l’origine il y avait une roue en fonte permettant de puiser son eau intarissable. Des plantes grasses s’épanouissent entre les pierres.
I.5. Description détaillée de la pratique
L’aire communautaire de conservation de la biodiversité marine et côtière VODOUNTO est une portion sacrée de la lagune côtière. Sa superficie est de 17,9 hectares. Site historique, elle constitue une zone de frayère pour les espèces halieutiques. Plusieurs rituelles sont organisés de façon annuelle durant lesquelles des cérémonies, des libations et des offrandes sont faites pour implorer la bénédiction et l’assistance de la divinité sur tous les habitants de Avlékété.
On fait également des cérémonies à la sortie de la nouvelle igname avant que les habitants ne la consomment. Cette cérémonie est faite au pied de la divinité Avlékété pour symboliser le respect à la divinité afin que tous les bienfaits de ce présent leurs soient octroyés par la divinité.
I.6. Langue(s) utilisée(s) dans la pratique
I.7. Éléments matériels liés à la pratique
Patrimoine bâti
Le cours d’eau Vodoun Tô est le lieu où se situe la divinité Avlékété qui lui confère son caractère sacré. C’est par ailleurs le lieu de prédilection des adeptes de la divinité pour exécuter des cérémonies et des libations ainsi que la traditionnelle célébration annuelle.
Objets, outils, matériaux supports
Les éléments utilisés au cours des cérémonies sont :
– un mouton
– un panier de volailles
– de l’huile de graine de palme
– des boissons diverses (sucreries, bières, Gin, Sodabi…)
– Ahowé (Cola Garcinia)
– la maniguette : Atakoun (Aframomum melegueta vulgairement Piment de guinée)
– Vî (Cola acuminata)
II. APPRENTISSAGE ET TRANSMISSION DU PATRIMOINE
II.1. Modes d’apprentissage et de transmission
Les anciens et les sages transmettent les savoirs faire liés aux rituels et aux cérémonies à travers un rite initiatique et à travers leur participation auxdits rituels.
II.2. Personnes/organisations impliquées dans la transmission
La transmission des rites liés au vodoun tô est des prérogatives exclusives des initiés d’une certaine ancienneté.
III. HISTORIQUE
III.1. Repères historiques
L’histoire raconte que les habitants de Avlékété ont immigrés d’Adja-Tado suite aux razzias menées par les puissances esclavagistes d’alors. Ils se réfugièrent d’abord à Adâmin, d’où ils furent contraints de prendre la fuite une fois encore. Ils firent plusieurs escales avant de s’installer dans la localité qui est aujourd’hui le village d’Avlékété. Avlékété est le nom de la divinité supérieure à toutes les autres divinités qu’ils adoraient et qu’ils ont emportée avec eux durant leur l périple. Une fois à Avlékété, ils installèrent la divinité au bord d’un cours d’eau qui faisait l’objet de vénération. Au fil des années, le village s’est agrandit progressivement jusqu’à acquérir une certaine notoriété ; ce qui une fois tombé dans les oreilles du roi du Danxomè a suscité sa convoitise. Le souverain du Danxomè (actuel Abomey) envoya des soldats attaquer le village d’Avlékété. Le chef spirituel à la vue de ces soldats se mit à prononcer des paroles incantatoires et le cours d’eau se sépara en deux. La plupart des habitants, adeptes de la divinité Avlékété se réfugièrent à l’intérieur du cours d’eau pour se protéger des envahisseurs. Juste après leurs leur passage, les vagues se refermèrent et ils disparurent dans l’eau sous les regards impuissants des envahisseurs réputés pour leur phobie de l’eau. C’est depuis ce jour que le cours d’eau a revêtu son caractère sacré. Mieux, l’histoire raconte que tout habitant qui tentait de pêcher dans ce cours d’eau, remontait soit des bébés, soit du haricot cuit, soit de la pâte de maïs rouge, soient des poissons qui ne cuisaient jamais. C’est ainsi que la pêche a été interdite dans cette zone.
III.2. Évolution/adaptation/emprunts du patrimoine
La pratique de l’adoration du cours d’eau sacré Vodoun Tô n’as pas connu une évolution notable. Les rites et les libations sont restés tels qu’ils étaient depuis les ancêtres
IV. VIABILITÉ DU PATRIMOINE ET MESURES DE SAUVEGARDE
IV.1. Viabilité
Vitalité
La vitalité des rites a pris un coup avec la disparition de certains dépositaires de la tradition. Toutefois, ils subsistent encore pour l’essentiel.
Menaces et risques
Au fil des années, avec la disparition des gardiens de la tradition, la transgression de certains interdits, la pratique de la pêche et l’exploitation frauduleuse de la végétation sont devenues monnaies courantes malgré la surveillance organisées sur les lieux par les zangbétô (gardien de nuit).
Menaces de disparition
Au fil des années, avec la disparition des gardiens de la tradition, la transgression de certains interdits, la pratique de la pêche et l’exploitation frauduleuse de la végétation sont devenues monnaies courantes malgré la surveillance organisées sur les lieux par les zangbétô (gardien de nuit).
Conflits d’usage
Les habitants de Avlékété sont en conflit avec le village avoisinant Hio à propos du cours d’eau sacrée Vodoun Tô. Ils affirment que ce cours d’eau est situé sur leurs terres et donc qu’ils sont les détenteurs légitimes de ce patrimoine.
IV.2. Mise en valeur et mesure(s) de sauvegarde existante(s)
Modes de sauvegarde et de valorisation
Le cours sacré Vodoun Tô fait partie du projet de gestion communautaire de la biodiversité marine et côtière (PGCBMC). De ce fait, c’est un lieu protégé non seulement par les habitants qui le considèrent comme un lieu sacré, mais également par les autorités nationales qui y voient un site historique naturel.
Actions de valorisation à signaler
Des miradors ont été érigés et les capacités d’éco-gardes ont été renforcées pour assurer des rondes périodiques sur le cours d’eau.
À l’avènement du Projet de gestion communautaire de la biodiversité marine et côtière (Pgcbmc) financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par l’Agence béninoise pour l’environnement (Abe), entre 2009 et 2014, les choses sont mieux organisées. Le processus de création de l’Accb a conduit à la mise en place d’une association de gestion et à l’élaboration de son plan d’aménagement et de gestion en 2014.
Pour éviter la pollution du cours d’eau par les maraîchers, une bande de 5 mètres de berge a été délimitée.
Après 5 ans de mise en œuvre, le plan d’aménagement et de gestion de l’Accb Vodountö est arrivé à échéance en 2019. Le Projet d’investissement, de résilience des zones côtières en Afrique de l’ouest (Waca ResIP) a donc pris le relais et procédera à l’actualisation du plan de gestion et au financement de certaines activités retenues.
Modes de reconnaissance publique
Suivant le décret n°2014-411 du 21 juillet 2014, cette portion lagunaire sera déclarée Aire communautaire de conservation de la biodiversité (Accb) Vodountô, et inscrit au domaine public suivant les dispositions de l’article 1er du décret du 29 septembre 1928, portant réglementation du domaine public et des servitudes d’utilité publique en Afrique occidentale française, et les articles 17 et 18 de la Loi n°2010-44 du 21 octobre 2010, portant gestion de l’eau en République du Bénin.
IV.3. Mesures de sauvegarde envisagées
IV.4. Documentation à l’appui
Récits liés à la pratique et à la tradition
Inventaires réalisés liés à la pratique
–
Bibliographie sommaire
– Décret n°2014-411 du 21 juillet 2014 portant création de l’Aire Communautaire de Conservation de la Biodiversité (ACCB) Vodountô
– Projet de gestion communautaire de la biodiversité marine et côtière (PGCBMC)
Filmographie sommaire
–
Sitographie sommaire
Plan d’eau de l’accb vodountô, quand le sacré préserve la biodiversité https://www.beninplus.com/culture/plan-deau-de-laccb-vodounto-quand-le-sacre-preserve-la
V. PARTICIPATION DES COMMUNAUTÉS, GROUPES ET INDIVIDUS
V.1. Praticien(s) rencontré(s) et contributeur(s) de la fiche
Nom, Fonctions, Coordonnées
– KINDOZANDJI Alfred , Ancien Chef Village, 96 14 27 69
– VODOUNON Lucien, Chef Village, 96-60-84-53
– VODOUNON Dêgbo Mintô Kandji, Avlékété Klounon (prêtre Vodoun Tô), 96 03 85 72
– ADOGBAZIN Hinoussî, Chef de collectivité
Fonctions
– KINDOZANDJI Alfred , Ancien Chef Village, 96 14 27 69
– VODOUNON Lucien, Chef Village, 96-60-84-53
– VODOUNON Dêgbo Mintô Kandji, Avlékété Klounon (prêtre Vodoun Tô), 96 03 85 72
– ADOGBAZIN Hinoussî, Chef de collectivité
Coordonnées
– KINDOZANDJI Alfred , Ancien Chef Village, 96 14 27 69
– VODOUNON Lucien, Chef Village, 96-60-84-53
– VODOUNON Dêgbo Mintô Kandji, Avlékété Klounon (prêtre Vodoun Tô), 96 03 85 72
– ADOGBAZIN Hinoussî, Chef de collectivité
V.2. Soutiens et consentements reçus
MÉTADONNÉES DE GESTION
Rédacteur(s) de la fiche
– ZINSOU Modeste
– Hervé ACCROMBESSI
– DJOTON Oluwachéoun Mireille
– TOSSOU Ryan
– AGBLO Laurent
– ADOSSOU Carmel Koffi Rodolphe.
Enquêteur(s) ou chercheur(s) associés ou membre(s) de l’éventuel comité scientifique instauré
Carhel QUENUM, Coordonnateur de l’enquête




